Gestion des déchets industriels dans une entreprise de transformation de matières plastiques

L'éco-conseil paie !

A l'arrivée de Caroline Bini chez Cabot Plastics Belgium, un système de tri des déchets existait déjà depuis quelques années, mais il manquait de structures, de suivi et surtout d'informations du personnel. Il en résultait une non-implication de la plus grande partie des travailleurs, et donc un manque d'efficacité du système.

Une analyse complète de la situation s'imposait avant de lancer toute nouvelle action. Pour dresser l'état des lieux, l'éco-conseillère a choisi de rencontrer sur le terrain les ouvriers et les cadres de toutes les lignes de production ainsi que ceux des autres postes de travail. Elle a ainsi pu définir le type de déchets générés, les quantités, les lieux de production… mais aussi les idées et les remarques de chacun concernant le système de tri existant… Donner la parole à chacun et déjà l'impliquer, le sensibiliser.

Une partie non négligeable des déchets pouvait encore être séparée et recyclée, en améliorant par exemple le système de tri des résines de purges, des emballages plastique… et en créant de nouveaux comportements, comme le tri des papiers dans les bureaux par exemple. D'autre part, certains déchets de production particuliers étaient jetés en décharge, personne n'ayant pris le temps de leur chercher un autre débouché. Quelques contacts avec la Bourse Belge des Déchets, avec Féchiplast et avec des collègues éco-conseillers ont vite permis de trouver des recycleurs, toujours avec un gain financier.

Sur base de ses observations et de son enquête auprès du personnel, Caroline Bini a proposé de revoir le système de conteneurs : plus nombreux, plus appropriés, mieux situés, de couleurs différentes… et d'accompagner ces changements par une campagne d'affichage dans l'usine, campagne explicative et humoristique !

Revoir tout le système est une chose… informer les acteurs en est une autre ! Il fallait expliquer qui devait trier, pourquoi et comment. Toutes les personnes concernées ont donc été conviées à des réunions d'information et de formation. Un document reprenant une synthèse de ces informations leur a été remis.

Pour ces réunions, Caroline Bini a veillé à choisir un moment non contraignant… pas en fin de journée, ni en heures supplémentaires. Par exemple, le lundi à 6 heures du matin s'est révélé un moment opportun pour les ouvriers de production. Elle a aussi ciblé l'information à diffuser et la manière de conduire les réunions en fonction du public à sensibiliser : opérateurs, cadres, ou chercheurs du laboratoire… Il a parfois fallu trouver les arguments pour combattre la résistance au changement.

Une des critiques les plus souvent émises par les opérateurs au cours des discussions était : " Il y a des années qu'on nous demande de trier, mais c'est toujours par vagues… puis on n'en parle plus ! ". Il était donc important de prévoir un contrôle et un suivi à long terme du tri des déchets et d'en informer les différents acteurs.
Le système de contrôle mis en place est simple : il consiste à considérer le tri des déchets comme toute autre activité de la production (ou des autres postes de travail). Dès lors, pendant les visites d'usine, les membres de la ligne hiérarchique jugent de la propreté du lieu de travail et du bon déroulement du tri des déchets. En cas d'un dysfonctionnement, ils le signalent sur le rapport de visite. Cette démarche est complétée par des contrôles ponctuels effectués par Caroline Bini.

Afin de relancer périodiquement la sensibilisation et la responsabilisation de l'ensemble des travailleurs, des rapports de gestion des déchets, sorte de " Bulletins météo ", sont affichés de temps en temps aux valves de l'usine. Ces bulletins reprennent un ou deux graphiques et précisent le gain financier que cette évolution représente.

Cette réorganisation de la gestion des déchets a demandé très peu de moyens… à peine 25.000F, vu que les conteneurs existants ont été réutilisés après nettoyage et mise en couleur. L'ensemble du projet a pu être réalisé en six mois par une personne occupée quatre jours par semaine… un coût pour la société mais qui a conduit à une réduction significative de l'impact " déchets " de l'entreprise (aujourd'hui +-75% des déchets banals sont recyclés), et à des économies importantes.

Caroline Bini insiste sur la nécessité de réaliser des enquêtes préalables sur le terrain, sans lesquelles son efficacité aurait été réduite. D'une part, elle risquait de travailler sur des données erronées. D'autre part, le contact avec les acteurs de tri lui a permis de les sensibiliser et de leur prouver que les changements étaient proposés sur base de leurs avis.
Elle a rapidement réalisé que le point le plus important et le plus à même de faire bouger les choses était la diminution des coûts. Elle s'est donc efforcée de baser ses raisonnements sur la différence de coûts que pourraient engendrer les changements proposés. Elle y associait bien sûr les raisons d'impact environnemental, mais force lui a été de constater que ce n'étaient pas des arguments capables d'initier un changement, même petit.
Le fait de ne pas toujours mettre en évidence, dans ses arguments, la protection de l'environnement pourrait apparaître comme contraire à la mission d'un éco-conseiller. C'était en fait un choix de stratégie. Sa crédibilité était en jeu. Arriver avec un discours " écolo " aurait pu lui faire perdre d'emblée tout pouvoir…

Elle semble avoir convaincu les dirigeants puisqu'elle travaille chez Cabot Plastics Belgium en tant que Responsable Environnement depuis plus de deux ans, et qu'elle assure la gestion des deux usines belges dans toutes les matières environnementales : prises d'eau souterraine, eaux usées, bruit, prévention des pollutions des sols, plaintes du voisinage, permis… 

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Caroline Bini 


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