L'environnement, un défi syndical… aussi

Même si, depuis les années 90, la prise en compte de l'environnement est une volonté affichée chez les syndicats de s'inscrire dans une perspective de développement durable, c'est en 1996 que les syndicats wallons, la CSC et la FGTB, unissent leurs forces pour sensibiliser et former les travailleurs et leurs représentants syndicaux au respect de l'environnement. Ainsi est né le Réseau Intersyndical de Sensibilisation à l'Environnement, RISE pour faire court.

Ils ont décidé de ne pas faire de RISE un objet de concurrence entre eux, et l'ont confié à leurs instituts de recherche et de formation respectifs : l'Institut Wallon d'études de recherches et de formation (IWerf) pour la FGTB et l'asbl " Formation Education Culture " (FEC) pour la CSC.
Au cours des trois premières années, le projet s'est articulé autour de quatre volets : réalisation d'un guide, information et sensibilisation, réalisation d'expériences pilotes, création d'un service d'appui technique. 
 
Un guide pratique, " L'environnement et l'entreprise ", diffusé à 7000 exemplaires, à destination des travailleurs et de leurs représentants, de tous les secteurs d'entreprise ainsi qu'aux services, a vu le jour… Il permet de poser les bonnes questions sur l'origine de tel produit, sur tel gaspillage, sur telles conditions de travail, de trouver des arguments pour motiver et des indications très concrètes sur des actions à entreprendre. Dans la poursuite du guide, un jeu coopératif, principalement utilisé en formation, a été réalisé pour encourager une approche intégrée de l'environnement en tant que travailleur, mais aussi comme citoyen et consommateur.

Six expériences pilotes ont été lancées dans des entreprises de secteurs divers. L'idée était de développer une méthodologie de concertation et de participation des représentants des travailleurs en matière d'environnement : réduire les nuisances auxquelles sont soumis tant les riverains que les ouvriers… tout en faisant progresser la concertation sociale.
Le travail de terrain s'est doublé d'un travail d'information et de formation. Les formations ont représenté une partie importante du projet que ce soit sous la forme d'initiation, d'approfondissement, de formation à thème ou de séminaire européen pour les délégués syndicaux des six entreprises pilotes, mais aussi ceux d'autres entreprises.

De son côté, la CSC a confié la mise en place d'un Service d'appui technique en environnement à la Fondation Travail Université (FTU), un centre de recherche interdisciplinaire créé dans le but d'établir un trait d'union entre le monde du travail et les milieux universitaires en Belgique. Ce service a pour mission d'aider les travailleurs et leurs représentants à répondre aux questions qu'ils se posent, dans le cadre de leur entreprise, en matière d'environnement.
Dans le cadre de l'appui technique, un bulletin trimestriel " Travail et Environnement a été réalisé par la FTU, avec comme objectif de diffuser une information sur des sujets d'intérêts généraux en lien avec l'environnement mais aussi sur des sujets plus spécifiques. Il ne s'agit pas seulement d'un journal syndical : même s'il s'adresse en priorité à des représentants des travailleurs, il vise aussi un public plus large, au sein des institutions publiques, du monde associatif, du monde industriel et du monde universitaire.
Deux dossiers techniques, un sur les solvants et un autre sur les activités de nettoyage, viennent répondre en partie aux besoins spécifiques identifiés dans les entreprises pilotes ou dans les formations.

Le développement d'un site Internet : www.rise.be, la réalisation d'une vidéo diffusée sur les émissions de la RTBF, une revue de presse à l'intention des représentants des travailleurs complète à la fois le volet appui technique et le volet information.

Grâce au soutien du projet RISE, de leurs opérateurs syndicaux porteurs du projet, du service d'appui technique et de celui des directions d'entreprise, un certain nombre d'actions ont pu être initiées par les équipes syndicales. Voici quelques exemples d'actions de gestion concrète mises en place : sensibilisation des travailleurs pour le tri sélectif des déchets, recherche de filières de valorisation pour des déchets spécifiques, sensibilisation aux risques pour l'environnement et la santé liés à l'utilisation de solvants et recherche d'alternatives, investissements en machines de lavage de pièces en circuit fermé…

De nombreux articles sont parus dans les journaux d'entreprises, des feuillets d'informations et des affiches sont venus dans certaines sociétés renforcer la communication sur ce projet. Les formations et les expériences pilotes ont permis le transfert d'expérience d'un secteur à l'autre ou d'un site à l'autre, ce qui a favorisé la diffusion des résultats positifs et a eu un effet d'entraînement pour développer de nouvelles actions en faveur de l'environnement.

L'ensemble du projet RISE est subsidié par la Région wallonne à raison de 22 millions sur 3 ans. Le soutien de la Fondation Travail Université pour l'appui technique a permis l'emploi d'un éco-conseiller à mi-temps pendant ces trois années.
Un des aspects novateurs de ce projet, outre la partie très importante des expériences pilotes, est le développement d'un appui technique et pédagogique qui a permis de mettre à la disposition des travailleurs des données scientifiques fiables et ce, sous une forme compréhensible pour tous. Outil indispensable !

Avec le recul, Véronique Porot, éco-conseillère à la Fondation Travail Université, pense que le projet RISE a permis de créer un espace de dialogue entre la direction et les syndicats sur le thème de l'environnement, et aussi d'initier des actions durables en faveur de l'environnement. Dans la plupart des entreprises pilotes, le dialogue social s'en est trouvé amélioré.
Le champ d'intervention des travailleurs sur le thème de l'environnement rencontre des limites, en terme de missions et de compétences. Ces limites, imposées par la législation, sont souvent brandies par les employeurs pour justifier un mode de gestion qui reste très " top-down ". Le projet RISE a souvent conduit à la création d'un espace plus large que celui prévu par la loi. Trop souvent encore, le monde syndical est perçu comme fermé sur lui-même et hermétique aux questions d'environnement, alors que le projet RISE montre le contraire.

Ne sous-estimons pas la tâche ! Un travail culturel important de changement des mentalités, à tous les échelons, reste encore à faire chez les travailleurs et au niveau des structures syndicales, aussi !
Bien évidemment, le projet se veut une initiative à long terme. Après avoir sensibilisé patrons, travailleurs et délégués syndicaux à l'importance de l'environnement, les promoteurs de RISE veulent s'atteler pour les trois ans à venir à renforcer des initiatives en faveur d'un développement durable plus transversal et ceci dans des secteurs qui n'ont pas été explorés dans les trois premières années et dans des groupes plus variés. 

Contact                                                                     
Véronique Porot  (Formation Education Culture - 02/246.32.70)

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