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Référentiel
métier
Le
lecteur ne perdra pas de vue, tout au long des pages qui vont suivre,
que le référentiel du métier d’éco-conseiller
est avant tout un document qui devra servir de base à la définition
que chacun aura à coeur de défendre dans sa pratique quotidienne.
Il reprend toutes les tendances du métier mais ne dicte en aucune
manière un canevas fermé, un savoir-faire unique.
Les
éco-conseillers ne sont pas des êtres supérieurs,
des « Supermen ou Superwomen », quoique…ne soyons
pas non plus trop modestes. Le Référentiel présenté
ci-après veut avant tout mettre en avant les valeurs qui sous-tendent
ce beau métier (durabilité, démocratie, citoyenneté,
sensibilisation, participation, …), valeurs partagées
par d’autres acteurs de la société dans laquelle
nous nous inscrivons.
Le
métier d’éco-conseiller est donc cet ensemble de
pratiques qui, réunies, permettent au professionnel de mettre
en place un ensemble cohérent d’actions qui ont pour objectif
de susciter l’éclosion de nouvelles attitudes et sensibilités
plus respectueuses de l’environnement et de favoriser des changements
de comportement dans les différents maillons de la société
(administration, industrie, politique, société civile).
Michèle
Mulders
Présidente de l’ABECE (1996-2007)
L’éco-conseiller
n’est ni «militant» ni isolé de tout contexte
social. Au contraire, il participe autant au changement
dans le sens d’une plus grande responsabilisation et prise en
compte du développement durable qu’au maintien des structures
de notre société.
L'éco-conseiller exerce ainsi
ses activités dans les milieux professionnels les plus divers:
en entreprise, dans le secteur associatif, au sein d'organismes parastataux,
d'administrations communales ou provinciales, de ministères,
de bureaux d'études.
La mission principale de l’éco-conseiller
est de faire en sorte que le développement durable soit pris
en considération par le plus grand nombre d'acteurs possibles
et qu’il devienne une valeur incontournable.
L’éco-conseiller est
un agent de promotion du développement durable. Dans le contexte
de la mondialisation, l’éco-conseiller, généraliste
formé à la communication et à la gestion des projets,
travaillant en réseau, se définit comme un promoteur et
un acteur de la durabilité, ayant pour première vocation
d’assurer au maximum la prise en compte de la protection de l’Environnement
et des ressources naturelles (air, eau, sols, faune, flore, …)
et d’intégrer les activités humaines dans une perspective
de développement durable.
L’éco-conseiller est
un généraliste
Les futurs éco-conseillers,
au départ spécialisés dans une discipline particulière
grâce à leur formation initiale de haut niveau et/ou à
leurs expériences antérieures, acquises dans des domaines
aussi variés que: agronomie, biologie, journalisme, droit, économie,
sociologie, ingénierie, traduction, enseignement, … vont
au cours de leur formation et de leur pratique, acquérir des
savoirs complémentaires en sciences de l’Environnement
et en Aménagement du Territoire mais aussi des compétences
en communication, en éthique, en gestion de projets et des groupes
et en mise en valeur des connaissances des autres. Ils vont ainsi devenir
des généralistes de l’environnement.
Les questions environnementales sont souvent complexes.
De plus chaque acteur a une perception différente d’une
même problématique, liée à ses enjeux et
expériences passées. La résolution d’un problème
environnemental nécessite, dès lors, le recours à
plusieurs disciplines environnementales et au dialogue. Grâce
à sa vision multidisciplinaire, l’éco-conseiller
peut poser un diagnostic et faire appel aux spécialistes. Il
joue ensuite le rôle d’ « interface », de «
traducteur » entre les différents acteurs : spécialistes,
décideurs, riverains, travailleurs, … et permet ainsi
l’émergence de solutions négociées.
Complémentairement aux spécialistes
qui maîtrisent des informations pointues dans des matières
restreintes, l’éco-conseiller, généraliste,
détient des savoirs moins élaborés mais dans beaucoup
plus de domaines. Il cherche à établir des liens entre
les aspects sociaux, culturels, économiques et environnementaux.
Cet « expert intégrateur » possède des connaissances
de base dans la plupart des sujets liés à la gestion de
l’environnement, et adopte une conception globale et intégrée
des problématiques du développement durable.
L’éco-conseiller peut ainsi mener à
bien des projets environnementaux complexes et variés et parfois
inattendus au vu de leur diplôme de base :
- Au Théâtre Royal de la Monnaie, une éco-conseillère,
philosophe de formation de base, a mis en place un Système
de Management Environnemental ;
- Dans un bureau d’étude, une éco-conseillère,
vétérinaire de formation de base, aide des entreprises
de tous secteurs à se mettre en conformité par rapport
aux législations environnementales et à obtenir leur
Permis d’environnement ;
- Dans plusieurs communes wallonnes, un éco-conseiller,
juriste de formation de base, anime des groupes de citoyens bénévoles
pour la mise en place d’un Plan de Prévention des déchets
;
- Dans une administration communale liégeoise, une éco-conseillère,
biologiste de formation de base, rédige des règlements
de police et règlements taxe.
L’éco-conseiller «
fonctionne »
en réseau et dans la transversalité
L'éco-conseiller s'intègre
dans tous les milieux professionnels (institutions et administrations
publiques, entreprises, fédérations d'entreprises, associations,
…), sous différents statuts (salariés, indépendants,
élus…)
Les méthodes de travail enseignées par
les centres de formation et prônées par l’association
professionnelle visent à mettre en évidence la plus grande
efficacité -voire rentabilité- des actions menées
en concertation et qui s’appuient sur des mises en réseau,
et des habitudes de travail en groupe multidisciplinaire.
En effet, l’éco-conseiller mène
des actions qui nécessitent très souvent la collaboration
et les compétences des autres départements de l’Institution
professionnelle. Pour concrétiser ses missions, quel que soit
le milieu professionnel, l’éco-conseiller favorise le dialogue
transversal, la communication entre les différents acteurs. Pour
cela, il n’hésite pas à décloisonner les
services, à faire participer chacun à tous les échelons.
- Un éboueur aura d’excellentes idées pour
la concrétisation d’une action de gestion des déchets.
- Un concierge sera indispensable à la bonne réalisation
d’un projet en Utilisation Rationnelle de l’Energie.
Elément dynamisant de la gestion environnementale, l’éco-conseiller
favorisera le transfert de l’information et les échanges
entre les acteurs, jouera le rôle de modérateur, communiquera
à tous les niveaux de la hiérarchie. La relation de confiance
qu’il réussit à mettre en place avec l’ensemble
des collaborateurs directs ou indirects lui permet de disposer d’un
réseau de personnes ressources. Ces contacts sont parfois formels,
parfois informels (sans passer par la hiérarchie). L’important
est de mettre en valeur l’apport de chacun.
- La mise en place d’un programme d’URE fait intervenir
le Collège qui autorise le projet, le service finance pour
l’audit de départ, le receveur communal pour les subventions,
le service travaux pour des rénovations, le concierge pour
des régulations, la sensibilisation vise l’ensemble des
employés, les femmes de ménage vérifient le suivi
des mesures préconisées…
- La mise en place de projet multi-acteurs de « mobilité
cyclable » fait intervenir la Police, l’enseignement,
le service travaux, les cyclistes, le MET, la Province…
L’éco-conseiller retrouve et entretient des contacts avec
ses pairs au sein d’une association professionnelle, nationale
et de locales régionales, lui permettant de maintenir des contacts
mais surtout une veille intellectuelle face à la masse d’informations
et d’actions ou projets qui concernent ses domaines d’intervention.
Pour résoudre des problèmes et/ou améliorer des
projets, l’éco-conseiller fait donc souvent appel aux réseaux
:
- Suite aux sollicitations de ses membres, l’ABECE a activé
ses relais et mis en place différentes actions afin de défendre
le statut des éco-conseillers travaillant dans les communes
wallonnes ;
- L’avis du groupe de travail constitué de membres
de l’ABECE fut intégralement pris en compte lors de l’enquête
publique sur le Nehap ; l’ABECE a également constitué
un groupe de travail pour remettre un avis sur le Plan wallon de l’Air
;
- Des éco-conseillers belges ont créé et
diffusé en collaboration avec d’autres acteurs, des projets
« écocartes » dans différents pays (Hongrie,
pays de l’Est, …) ;
- Une semaine d’échanges a été organisée
en novembre 2001 entre des représentants des pays candidats
à l’adhésion à l’Union Européenne
et des professionnels belges de l’environnement ;
L’éco-conseiller se forme
et s’informe
Si cette capacité de fonctionner en réseau
peut s’avérer efficace, encore faut-il que les réseaux
existent, soient entretenus, alimentés. Il s’agit donc
de maîtriser les outils modernes et les nouvelles technologies
de la communication, mais surtout de faire confiance, d’établir
une relation efficace d’échange d’informations pertinentes.
Et cette information doit être préalablement digérée,
et diffusée adéquatement.
- L’annuaire de l’environnement est régulièrement
mis à jour, ce qui permet de situer en permanence différents
acteurs liés à l’environnement.
Un autre moyen d’assurer la diffusion et la mise à niveau
de l’information pour un éco-conseiller est d'organiser
et/ou de suivre des formations continuées (ABECE ou autres),
en favorisant les échanges. En effet, les thématiques
liées à l’environnement sont en perpétuelle
évolution et nécessitent une mise à jour régulière.
L’intérêt de ces formations continuées réside
également dans le fait de valoriser les spécificités
du métier, tout en lui permettant d'évoluer en fonction
des modifications de la société, et de raviver les réflexes
du métier.
- Dans ce cadre l’Association Belge des Éco-conseillers
et Conseillers en Environnement organise, de manière régulière,
en collaboration avec des instituts de formation, des séminaires
ou des cycles de séminaires de mise à niveau sur des
thématiques nouvelles ou sur des thématiques dont les
enjeux deviennent importants.
- Un cycle de 4 séminaires a eu lieu fin 2002 et début
2003 sur l’air et l’énergie à Bruxelles
et en Région wallonne.
- L’ABECE possède également un autre outil
d’information qu’est le « TELEX », journal
d’information diffusé à tous ses membres.
- Des éco-conseillers interviennent régulièrement
dans des formations organisées et cordonnées pard’autres
éco-conseillers
L’éco-conseiller
informe et sensibilise
En effet, la prise en compte du Développement
durable avec la participation de tous, implique des mécanismes
de prises de décisions plus transparents, fondés sur une
représentation claire des différents enjeux et des besoins.
La complexité des problématiques environnementales fait
que la prise en compte d’une seule discipline est inadéquate
quand la résolution d’un problème nécessite
des cadres de référence nombreux. Des conflits peuvent
porter sur des informations manquantes à certaines parties ou
sur des interprétations différentes des mêmes faits.
Une fonction indispensable des éco-conseillers est de permettre
ce partage des informations et des différentes représentations
de la réalité.
- Dans une entreprise chimique, une éco-conseillère
travaille pour une meilleure transparence : elle évoque les
problèmes avec les populations riveraines afin d’aplanir
les angoisses inutiles et de prévenir les conflits. De même,
elle informe l’entreprise des peurs et méfiances existantes.
- Pour mettre en place une gestion environnementale et intégrée
des déchets dans un grand hôpital public, une éco-conseillère
a mené une campagne d’information et de sensibilisation
auprès de tous les travailleurs concernés (médecins,
infirmiers, personnel administratif, personnel de cuisine, …)
L’éco-conseiller se donne les compétences et la
responsabilité de rassembler et évaluer l’ensemble
des informations et de les communiquer. Il est capable de proposer et
coordonner des mesures d’information, de choisir et d’utiliser
efficacement différents médias. Il vulgarise et diffuse
des informations nuancées, crédibles et compréhensibles
sans verser dans le catastrophisme, l’angélisme ni le militantisme.
- Différents réseaux d’information et de sensibilisation
ont été créés et/ou fonctionnent grâce
au travail d’éco-conseillers : Réseau Idée,
Réseau eco-consommation, …
Outre le fait d’amener à chacun les éléments
nécessaires à la compréhension de la situation,
l’éco-conseiller a pour mission de sensibiliser son public
cible à la nécessité d’adopter des attitudes
et des comportements plus respectueux de l’environnement. N’étant
pas qu’un simple informateur en environnement, l’éco-conseiller
est un agent éducatif, doté ou se dotant de qualités
pédagogiques pour présenter les informations et projets
aux responsables de l’institution qui l’emploie comme aux
différents publics (travailleurs, enfants, adolescents, organismes
de relais, …). La façon de présenter un message
est tâche délicate : ménager les susceptibilités
et faire comprendre les intérêts, à changer les
comportements en tentant de créer, recréer ou renforcer
le lien entre les personnes et leur environnement afin que chacun se
sente concerné.
- Une éco-conseillère a sensibilisé les professionnels
bruxellois du secteur Horeca à la mise en place d’un
label de gestion environnementale.
- Un éco-conseiller guide et accompagne 100 ménages
namurois dans des changements de comportements pour réduire
leurs consommations d’énergie.
L’éco-conseiller
est un promoteur de la participation citoyenne
et un facilitateur de la communication
L’éco-conseiller tente d’éviter
et/ou de résoudre les conflits environnementaux qui opposent
des acteurs aux représentations et aux intérêts
plus ou moins divergents. Dans ce rôle, il ne diffuse pas "La"
bonne solution mais favorise surtout une réelle prise en compte
des différentes perceptions des acteurs présents ou absents
et permet ainsi l’émergence de solutions négociées.
La complexité inhérente à la mise en commun des
points de vue de multiples acteurs autour d’un même problème,
exige une approche transversale, respectueuse des cultures et des personnes.
En favorisant un partage des représentations, des pouvoirs
et des connaissances, l’éco-conseiller (re)donne du pouvoir
à chacun et permet ainsi l’appropriation d’actions
locales.
Apte à la communication, à la médiation et à
la résolution de conflit, il permet à des acteurs diversifiés
de travailler à un objectif devenu commun.
Il est donc amené, dans sa pratique quotidienne, à initier
des réunions multiacteurs, coordonner les différentes
phases d’un projet, convaincre, organiser la démarche participative,
la faciliter et l'accompagner, maîtriser des techniques de la
concertation et de la négociation.
L'éco-conseiller facilite et accompagne la découverte,
l'invention et l'apprentissage de la participation citoyenne propre
à chaque situation.
L’éco-conseiller a été formé à
la gestion des groupes, avec tous leurs phénomènes habituels
et attendus : rapport de force, cohésion trop forte pour être
réaliste, nécessité constante de recentrer les
débats sur le sujet, etc. Il donne un cadre plus global au débat
lorsque celui-ci se fixe sur une problématique trop particulière
et veille à ce que des accords soient pris au niveau local où
se situent les acteurs.
- Gestion de contrat de rivière,…
- De nombreux éco-conseillers gèrent des plans communaux
impliquant une participation citoyenne : Plans de Prévention
des déchets, Plans Communaux de Développement de la
Nature, Plans Communaux de Développement Rural, Agenda 21 local,
Plans de mobilité, …
L’éco-conseiller est
un agent de changement
L’éco-conseiller n’est pas un
simple exécutant. Il se positionne plutôt comme un gestionnaire
de projet, jouissant d’une certaine autonomie dans l’action
lui permettant de prendre des initiatives, tout en
garantissant le maintien des structures organisationnelles. Il situe
ses actions dans des contextes complexes, éventuellement conflictuels,
souvent avec des acteurs indifférents aux causes environnementales,
voire résistants aux changements.
L’acquisition de cette autonomie ne peut se faire sans la compréhension
de l’organisation formelle et informelle de l’institution
où il s’insère. La bonne connaissance des règles
organisationnelles lui permet de diversifier et d’optimiser ses
stratégies, d’utiliser et partager les ressources d’informations.
Sa position institutionnelle est celle qui lui donne un accès
direct ou proche des décideurs, elle lui permet d’exercer
ses fonctions de conseil et d’aide à la décision.
Il sait travailler en équipe, il fait confiance et gagne la confiance
des autres acteurs.
- De plus en plus d’éco-conseillers travaillant au
sein d’entreprises initient des démarches d’améliorations
internes de la gestion environnementale (SME) auxquelles les travailleurs
comme les acteurs externes (fournisseurs, riverains, …) sont
associés.
L’éco-conseiller doit également pouvoir être
capable de prendre le recul nécessaire pour
la prise en compte de la complexité des situations et les divergences
de vues. Afin de proposer des changements, il a acquis non seulement
une habitude de la diversité, une capacité à voir
différemment les problèmes, mais également de développer
ses capacités créatives pour proposer des solutions alternatives
qui intègrent de manière explicite les « vérités
» et les intérêts de tous les acteurs de toutes les
disciplines.
- Au sein d’entreprises d’économie sociale,
des éco-conseillers mettent en place des SME (EMAS) adapté
aux réalités de ce type d’entreprises.
L’éco-conseiller doit enfin pouvoir appliquer cette prise
de recul à ses propres activités, aux méthodes
qu’il emploie, aux réseaux de personnes ressources qu’il
utilise, aux connaissances et expertises qu’il acquiert afin de
conserver la flexibilité qui lui permettra de s’adapter
lui-même aux changements.
L’éco-conseiller exerce un métier dont un objectif
est d'intégrer le concept de Développement Durable, dans
les activités quotidiennes de l’institution en suscitant
une réflexion nouvelle, systémique, globale et surtout
à caractère préventif. En cela, l’ensemble
des éco-conseillers peut avoir un rôle d’agent de
changement sur une plus large échelle.
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